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La Jeunesse face à nos sociétés modernes :
Entre menace de mort et illusion d’éternité
La violence des jeunes en question
La violence juvénile au regard de nos sociétés : provoquer ou subir ?
« La manière de percevoir et de penser l'enfant influe sur ses conditions de vie, sur son statut et sur les comportements des adultes à son égard Or, coexistent diverses manières de percevoir et de penser l'enfant, de multiples schémas idéologiques du positif au négatif. Tous traduisent l'ambiguïté et l'ambivalence de nos consciences adultes vis-à-vis d'un monde regardé avec autant de familiarité que de mystère. Glorifié sur l'autel de nos valeurs sociales, le jeune incarne inversement une menace tournée contre la paix sociale. Et si l'enfance s'inscrit au nombre de nos priorités communautaires, c'est à la fois pour le protéger et s'en protéger. D'innombrables discours se composent, se chevauchent, se contredisent sur l'enfance et ses dangers, ceux qu'elle court et ceux qu'elle fait courir à la société. Néanmoins tous convergent vers une seule menace désignée : la violence, celle générée par les enfants, celle subie par de jeunes victimes … Or, il nous paraît évident que cette peur collective puise ses Nouvelles jeunesses ? Jeunesses dangereuses ?
Nos sociétés, dans leur évolution dynamique et accélérée, réajustent en permanence la place dévolue à chaque catégorie sociétale et de ce point de vue, l'enfance ne fait pas exception, au contraire. La durée de vie s'allongeant, de nouveaux âges apparaissent à tous les niveaux de l'existence. Par exemple, l'adolescence se voit précédée de la pré-adolescence (9 à 12 ans) et prolongée par l'adulescence (18 à 30 ans). Ainsi, les sociologues observent-ils en détail ces nouvelles jeunesse et en évaluent-ils les multiples risques ! « Les jeunes générations seront-elles plus difficiles à gouverner comme le pensait le philosophe Alain ? Tout semble aujourd'hui le confirmer. À moins que, nous adultes, ne compliquions singulièrement le jeu éducatif. Ces jeunesses redéfinies génèrent en effet de 1 M.-J. Chombart de Lauwe, Un monde autre : l'enfance, Payot, 1979.
2 V. Cicchelli et O. Galland, Les nouvelles jeunesses, Problèmes politiques et sociaux n°955, La 3 Alain, Propos sur l'éducation suivis de Pédagogie enfantine, PUF, éd. rev. et augmentée, 2005. multiples alarmes. Marquent-elles une violence accrue ? Deviennent-elles incontrôlables ? L'enfant bascule-t-il de la tendre image d'un être innocent et fragile en cet individu potentiellement dangereux, dès ses premiers jours de vie ? L'enfant-roi évolue-t-il vers l'enfant-tyr de ses parents, de nos sociétés ? De vrais petits monstres manipulateurs, despotes, lâchés dans la sauvagerie pour cause de défaillance parentale ? Les spécialistes de l'éducation appellent à la vigilance, afin de resserrer notre autorité et nous expliquent alors ce phénomène de dictature infantile. La domination recherchée par l'enfant servirait à se protéger des frustrations à sa toute-puissance et le conduirait à réagir agressivement, à détruire ce qui s'oppose à sa seule volonté. Des limites n'ont pas été posées à temps. Mais il n'est jamais trop tard pour rétablir la souveraineté adulte et ainsi éviter des dérives dangereuses à l'enfant. Ce rappel à la fermeté épargnera plus tard nos concitoyens croisant son chemin adolescent ou adulte. Les parents du nouveau millénaire manquent-ils réellement d'autorité ? Hésitent-ils à poser des frontières à la toute-puissance infantile, à frustrer les envies débordantes de leurs petits ? Renoncent-ils à dire Non et à poser la Loi ? L'enfant accède-t-il au rang de chef du pouvoir familia? Nos sociétés puérocentréeseront-elles bientôt gouvernées par nos chères têtes blondes ? L'affaiblissement de l'autorité parentale se joint aux inquiétudes suscitées par la démission ou aux dérives de certaines familles, classées à problème. À leur sujet, les préoccupations naissent tôt. Prévenir la violence de ces jeunes doit commencer à l'évidence dès le berceau. Rappelons la polémique engagée à la suite d'un rapport de l'Inse Un panel d'experts pointaient les troubles de conduite à détecter précocement chez les enfants (dès 36 mois) et les adolescents. Que préconisait ce rapport sinon renforcer le contrôle social à l'encontre de possibles dérives dangereuses ? Que traduisait-il sinon l'expression de nos peurs collectives d'anéantissement ? La jeunesse fait débat dans nos sociétés et le plus souvent au sujet de sa violence jugée anarchique, si elle n'est pas très tôt contenue dans un moule éducatif Le spectre de la violence juvénile
La délinquance juvénile en augmentation constante … la Justice des mineurs ne doit pas nier les meurtres commis par les jeunes … cette enfance déboussolée, happée par la mafia de la 4 D. Pleux, De l'enfant roi à l'enfant tyran, Odile Jacob, 2002. 5 D. Marcelli, L’Enfant, chef de la famille, L.G.F., 2006.
6 Expression définie dans R. Sirota (dir.), Éléments pour une sociologie de l'enfance, Presses Universitaires de 7 Trouble des conduites chez l'enfant et l'adolescent, Inserm, 2005.
drogue … l'univers sauvage de la rue où ces jeunes livrés à eux-mêmes vivent une violence quotidienne … Que penser de ces alertes permanentes ? Le spectre de la violence, telle une ombre mortuaire, planerait-elle sur nos sociétés contemporaines, au risque de nous faire sombrer dans l'anarchie ? L'agressivité juvénile est-elle réellement en recrudescence, menace de mort pointée sur chaque citoyen sortant de chez lui ? Les historiens, spécialistes de la violence, décrivent le calme de nos sociétés et la paix qui les caractérisent. À l'échelle de l'Histoiles taux de violence seraient aujourd'hui au plus bas. À ce niveau minimal, nous pouvons considérer nos états modernes sereinement pacifiés. En comparaison, les années 1950, avec ses bandes de blousons noirs, généraient une violence juvénile nettement plus forte. Comment parvenons-nous à nous croire en état d'alerte alors que notre environnement s'avère pacifique ? Il semble que la violence des mineurs soit devenue avant tout une « construction sociale, médiatique et politique Les médias contemporains nous aident à exagérer nos peurs, en stigmatisant le moindre événement accablant. Un drame isolé, abondamment diffusé et commenté, prend les allures d'une atteinte à la sécurité publique, d'une dérive inexorable vers le chaos. Dès lors, l'exceptionnel marque nos esprits et stigmatise l'angoisse de généralisation de cet évènement morbide. Et d'entendre nos concitoyens affolés, pointer du doigt la cause de toutes leurs inquiétudes : « Avec toute Il semblerait que nous vivions ce paradoxe. Nos générations, à la fois élevées dans le traumatisme de deux guerres et dans la paix installée, auraient considérablement réduit sa capacité morale à tolérer la violence. De fait, notre sensibilité accrue se heurterait à tout acte jugé agressif, pour en exagérer la portée. Nous irions plus loin pour rendre compte de cette réceptivité aiguë. Comme nous sommes terrifiés par la mort, nous avons peur de tout ce qui peut la provoquer. À l'évidence, la violence porte en elle cette menace fatale, incontrôlable. Surtout, elle reste un phénomène largement inexpliqué, une « insondable énigme selon les spécialistes eux-mêmes. Notre psychisme se construit sur la base de cette pulsion brutale. Nous l'avons maintes fois nommée : haine, destruction, mort. L'éducation nous apprend à la dominer, comme elle nous enseigne le contrôle de nos émotions. Mais jusqu'où serons-nous capables de calmer notre impulsivité ? Serions-nous capable de tuer, puisque nous détenons cette possibilité, toujours latente en nous ? Ce risque comme ses conséquences sociales nous 8 R. Muchembled, Histoire de la violence du Moyen-Age à nos jours, Le Seuil, 2008. 9 L. Mucchielli et V. Le Goaziou, La violence des jeunes en question, Champ Social, 2009. 10 R. Muchembled, Histoire de la violence du Moyen-Age à nos jours, Le Seuil, 2008. effraient. Crime et Châtimeillustre parfaitement le conflit intime d'un homme face à son geste, gratuit et assassin. Quelle puissance intérieure pourrait m'entraîner à éliminer l'autre, à prendre le pouvoir sur lui par sa mort ? Comment apprendre à nos enfants la claire conscience du Mal absolu, porteur de mort ? Leur donnons-nous les éléments suffisants d'une saine moralité, d'un contrôle satisfaisant de leurs bas instincts ? Ces questions agitent souvent les couples parentaux lorsqu'ils constatent des comportements agressifs chez leurs enfants ou adolescents. D'autant plus qu'aujourd'hui, la liste des attitudes, qualifiées de violentes et socialement fustigées, s'allonge notamment celles des jeunes entre eux. Les violences entre mineurs
Le discours sur la violence des jeunes multiplie donc les alarmes. Mais surtout elle se décline sur des aspects de plus en plus nombreux : violence verbale, incivilités, injures, violence scolaire, refus d'autorité, jeux dangereux, guerres des bandes, insécurités des cités de banlieue, trafic de drogue, casseurs … La liste s'allongerait à l'envie. Comment nos institutions peuvent-elles encadrer ces jeunes rebelles ? Comment conserveront-elles la stratégie du plus une vraie stratégie de guerre ? Doivent-elles dépister les familles à risques quitte à se transformer en agent inquisiteur des troubles juvéniles ? Sur quelles bases surtout vont-elles distinguer un enfant turbulent d'un enfant agressif ? Comment estimer ce qui est de l'ordre des règlements de compte des banales querelles au sein des groupes de jeunes ? Ces dernières n'appartiennent-elles pas à leur univers, depuis la nuit des temps ? Car la violence des enfants existe bel et bien … depuis que l'enfant est enfant. Faut-il pour autant entièrement l'incarner dans la psychologie infantile ? Un récit tel que La guerre des bout amuserait-il tant nos contemporains ? Ne l'accuseraient-ils pas de montrer des exemples dommageables ? Écrit dans les années 1910, elle racontait une histoire dans laquelle tout le monde se reconnaissait. L'auteur déclarait à son propos avoir imaginé « un livre sain, qui fût à la fois gaulois, épique et rabelaisien ; un livre où coulât la sève, la vie, l'enthousiasme . ». Ce qui apparaissait image innocente de vie au début du XXème siècle, serait-il synonyme de mort, un siècle plus tard ? Ce récit opposait deux clans villageois, en de singulières rixes vengeresses et humiliantes. Aujourd'hui, le réécrirait-on en mettant leurs chefs en détention 11 F. M. Dostoïevski, Crime et châtiment, Gallimard, réed. 1995. 12 Expression utilisée comme guide d'action nécessaire et efficace de lutte contre la violence des enfants en France sur le site de J.-P. Rosenczveig, magistrat 13 L. Pergaud, La guerre des boutons, Gallimard, Nouv. éd. rev., 1972.
pour voies de fai Cette idée n'est pas si absurde tant les affrontements de bandes, dans nos cités de banlieue, nous paniquent. Elles ne représenteraient pourtant « qu'une périphérie étroite de l'univers adolescent preuve une nouvelle fois que notre sensibilité s'est Face à ces multiples violences jeunes, les institutions programment la lutte sous forme de prévention informative. Une affiche, déployée dans les médias et sur les murs de France, interpelait les jeunes, aux débuts des années 2000 : « La violence / si tu te tais / elle te tue ! », hurlait un jeune échevelé avec soulignés en caractères gras les termes de racket, harcèlement, injures. La violence de l'image contre celle des actes, pour apaiser les passages à l'acte, est- elle si efficace ? Néanmoins, le rapport violence/mort était clairement posé. Cette campagne de lutte ciblait essentiellement un type de violence : celle des milieux scolaires. La relation entre violence et jeunes ne s'arrête pas aux jeunes entre eux, tant le sujet est vaste. S'y regroupent d'autres types d'actes agressifs, jugés très graves pour le devenir des enfants : Protéger l'enfance
Aujourd'hui, nos sociétés revendiquent la sécurité et la prévention comme des valeurs fondamentales, les seules humainement acceptables et surtout redevables à tous nos citoyens. Au point que certains sociologues'interrogent sur la restriction des libertés individuelles générée par cette extension du principe de précaution, de sécurisation aux moindres aspects de nos vies. Or, si la prévention du risque et la recherche effrénée du risque 0 sont devenues des priorités politiques, elles touchent avant tout les plus jeunes. Ainsi la protection de l'enfance s'est installée au cœur de nos états modernes, expliquant le renforcement progressif des dispositifs administratifs et judiciaires. Depuis plusieurs années, s'imposent dans tous les discours sur l'enfance, les notions de danger et de prévention. Elles répondraient, selon certains responsables, à une réelle augmentation des cas d'enfants en danger en miroir d'une progression de la violence dans nos relations sociales. Dès lors renforcer la prévention, c'est « œuvrer au quotidien pour l'avenir de l'enfance « L'élargissement de la définition de la maltraitance et du danger est un processus continu depuis plusieurs décennies De fait, la 14 B. Rothé, Lebrac 3 mois de prison, Le Seuil, 2009.
15 M. Fize, Les Bandes : de « l'entre soi adolescent » à « l'autre ennemi », DDB, 2008.
16 Menaces sur les libertés publiques ? In Les Grands dossiers des Sciences Humaines n°18, 2010.
17 H. de Raincourt, Permettre l'avenir de l'enfance, in M. Wieviorka (dir.), Nos enfants, Éditions Sciences 18 G. Derville et G. Rabin-Costy, La protection de l'enfance, Dunod, 2009.
liste des comportements « socialement et politiquement » jugés violents à l'égard des enfants ne cessent de s'allonger … jusqu'à atteindre le châtiment de la fessée ! Nos sociétés ne sont pas à un paradoxe près. On demande l'autorité mais sans violence et sans cris, une autorité bienveillante. Il faut dire que désormais nos institutions s'engagent à promouvoir « la bientraitance dans les programmes psycho-sociaux. Protéger les plus jeunes rappelle donc la vulnérabilité enfantine, mise en danger par certains adultes. Tout acte violent, tout traumatisme vécu jeune inscrivent des éléments mortifères dans le psychisme de sa victime, une fêlure indélébile. Au-delà une réelle menace de mort ne peut être négligée. Renforcer la sécurité de tous, c'est éloigner les dangers potentiellement mortels. Accentuer la protection de l'enfance, c'est ériger des remparts toujours plus hauts contre les menaces morbides qui la Mais protéger l'enfant contre des dangers de mort ne devrait pas empêcher de parler de la mort avec nos enfants. Puisque nous craignons tant cette figure fatale, pourquoi ne pas explicitement exprimer nos peurs et la raison de ces peurs ? Notre amour parental refuse d'emblée la possibilité d'une perte, sentiment légitime. Autant en prendre conscience et l'accepter, sans pour autant éloigner ce risque dans le silence de nos paroles. 19 Recommandations de bonnes pratiques professionnelles. La bientraitance : définition et repères pour la mise Un seul mot d'ordre : « Restez jeunes ! »
La société du bonheur
Le maître mot de nos sociétés actuelles s'entend au travers de nombreuses injonctions : « Soyez positif ! Adoptez une attitude positive ! Pensez positivement ! Ayez une vie positive ! Bref, positivons ! ». Face à cela, les médias, si enclins à nous assommer de crises, de violences, de catastrophes et autres épidémies en tout genre, nous accusent de pessimisme, de morosité ou de catastrophisme ambiants, à longueur de journée. Cherchent-ils à nous fustiger de ne pas être d'insatiables optimistes ? Recherchent-ils les causes parasites qui nous empêchent d'être heureux ? De fait, si l'idéologie collective nous invite à la joie renouvelée en toutes chose elle entend ériger le bonheur en devoir obligatoire pour t Et bien entendu, les premiers concernés restent nos enfants. Que prescrit-on en priorité aux parents, sinon l'épanouissement, la réussite, le bien-être de leur progéniture ? Dès lors, comment pouvons-nous supporter que le hasard et sa dose de malheur continuent à dominer notre monde ? Comment affronter la souffrance ? Pourquoi ne peut-on éradiquer toutes malédictions et autres coups du sort tragiques ? Comment intégrer la mort dans ce déroulé mental qui fatalement l'exclue ? L'homme heureux est un vivant plus vivant que jamais, et surtout détaché de toute pensée morbide ! Ainsi parvient-on à vivre un paradoxe honteux : 20 Un best-seller tel que L. Gounelle, L'homme qui voulait vivre heureux, Éd. Anne Carrière, 2008, ne peut surprendre notre recherche du bonheur. Il décrit le parcours philosophique d'un homme insatisfait de son sort, transformé par les paroles sensibles d'un vieux sage qui lui ouvrent l'esprit au bonheur. Ce jeune homme rencontre, au détour d'une page, un enfant qui vient de perdre ses parents. Ce petit, sourire aux lèvres, n'en est pas chagriné pour autant. La mort des siens peut être vécue comme une expérience de vie enrichissante ! 21 P. Bruckner, L'euphorie perpétuelle, L.G.F., 2008.
nous baignons dans l'idéologie du bonheur sans parvenir à atteindre cette bienfaisante béatitude. Nous sommes des sociétés « malheureuses de ne pas être heureuses alors qu'un certain confort matériel nous est offert.
Les injonctions au positivisme, au bonheur supposent que nous reposions nos vies sur des affirmations, des certitudes, des bases stables. Suivre un chemin prédéfini et concret, construire logiquement nos existences et accéder enfin aux réussites exigées (sociale, familiale, professionnelle, etc.) demandent en contrepartie de dominer le hasard. Or, si l'inconnu nous échappe sans cesse, nous sommes persuadés du contraire. Nous y arriverons mieux que quiconque. Cette tension freine nos capacités à apprécier le présent. Surtout, nous ne supportons aucun petit caillou sur les routes planifiées de nos vies. Cette vulnérabilité fragilise notre rapport au monde, à ses réalités, à sa dose inévitable d'évènements funestes. Afin de lutter activement contre des hasards redoutables, nous cherchons sans cesse à contrôler le moindre contour de nos vies, à maîtriser notre univers, à dominer le Temps. Ainsi évoluons-nous dans la programmation de nos corps, de sa jeunesse préservée, de nos esprits et … de nos agendas. L'enfant partage ces contradictions du monde adulte et les intègre comme manières de vivre et de penser. À notre exemple, il voit ses journées savamment régies et ponctuellement réglées, pour ne pas dire surchargées d'activités utiles et gratifiantes. Ainsi parvenons-nous à lui offrir une « enfance sans temps morts et, si possible, comblée d'expériences fortes, marquantes, constructives. L'expression de « temps morts » nous a semblé très pertinente. Traquer les instants vides, les déserts du Temps … Remplir le néant, le gouffre effrayant de l'inaction … Lutter contre les effets désespérants de moments où l'on ne vit pas … repousser l'impression d'être mort. Les dépressifs laissent ainsi s'installer ce non- sens. Leur maladie est d'ailleurs assimilée aux états morbides. Ils traversent le désespoir, ce lieu inhabité et sec. Qu'entendent-ils alors ? « Tu as tout pour être heureux ! Il te faut réagir, refaire surface, reprendre le cours normal d'une vie active et positive ! », quitte à avaler ces pilules du bonheLes deuils passent par ce temps dépressif, inanimé, dans lequel il semble ne rien se passer. Nous verrons plus tard que cette période centrale au travail de deuil (dit de latence) est au contraire essentielle. Il est pourtant difficile de la vivre pleinement, coupable aux yeux des autres de se laisser aller aussi pitoyablement. Agir, être actif sur tous les fronts, c'est vivre. Or le temps nous est compté. Il est même trop 22 Selon l'expression de Roger-Pol Droit philosophe, spécialiste des sagesses antiques, journaliste et écrivain.
23 D. Glasman, Une enfance sans temps morts, Sciences Humaines, n°8-2007.
24 Expression qui désigne les antidépresseurs. F. Berteau, 20 ans de "bonheur" sous Prozac, site internet de L'Express, 19-08-2009.
précieux pour que nous le perdions, que nous n'y mettions rien, que nous le laissions au vide, à l'ennui, à tout ce que nous jugeons synonyme de mort. Nous devons jouir, maintenant et sans faillir, des nombreux bienfaits que le monde offre, et grâce à eux nous épanouir, nous enrichir. Plus nous capitalisons notre vie, plus nous luttons contre les effets de la destinée humaine. Après notre mort, nous laisserons le bilan élogieux d'une existence aimée et réussie, La société de l'urgence ou la peur de l'avenir
Revenons vers nos emplois du temps surchargés. Que traduisent-ils encore de nos craintes ? Grâce à l'évolution des législations sociales, nous bénéficions de nombreux temps libres, libérés du travail obligé. Nous avons pourtant l'impression d'être submergés de tâches, en des lieux et des instants toujours différents. Bien entendu, ces activités programmées s'avèrent indispensables, essentielles à nos vies et urgentes à accomplir. Vivre dans l'urgence, combler le temps de mille activités. Vivre vite et bien ! Nous serions devenus « chrono-dépendants à défaut d'être Maîtres du Temps. Verrons-nous arriver, à l'exemple des aux États-Unis, le « drive-through funeral ? Ce dispositif permet de déposer rapidement un mot sur la tombe des défunts, sans quitter sa voiture. À peine le temps de formuler une petite prière, avant de répondre au téléphone portable qui immanquablement nous rappelle parmi la parole des vivants … Voilà une pratique qui reflète parfaitement notre rapport au royaume des morts. Cette protection, garantie par la voiture et l'impératif de ne pas perdre de temps, préserve nos esprits d'une destinée mortelle qui nous terrorise. Remplir nos quotidiens de l'urgence de vivre, c'est aussi fuir la pensée de la mort. Ainsi passe le défilé accéléré de nos journées. Aujourd'hui, défini hier, demande de programmer demain. Paradoxalement, nos heures présentes se fixent dans le futur, au risque de nous faire passer à côté de nos vies. Une récente vogue d'ouvrages consacrés au bien-être nous apprennent à goûter l'instant présent avant de se projeter au-delà. Reste que l'avenir, ce sombre et insaisissable inconnu, nous effraie, malgré nos techniques avancées pour le contrôler. Nous le voyons mobile, instable, incertain. Que serons-nous demain ? Que nous arrivera-t-il ? La pression du monde du travail nous fera-t-elle craquer ? Choisirons-nous la mort volontaire, le suicicomme ultime porte de sortie ? Le monde des vivants ne devient- 25 Selon une expression de G. Mermet, sociologue. 26 « Nous ne pouvons pas échapper à la course du temps », entretien avec Hartmut Rosa, Ça m'intéresse, mai 27 Nous faisons allusion à la vague de suicides de salariés sur leur lieu de travail. Ces cas interrogent notre il pas plus angoissant, inconfortable, tendu de phénomènes anxieux ? Comment ne pas succomber au désespoir à vivre ainsi talonnés par le stress, la peur du lendemain, un avenir que l'on nous promet toujours plus sombre ? Les médias contribuent largement à ce pessimisme ambiant. Si la mort nous angoisse, elle est pourtant chaque jour aux informations. Les risques épidémiques et leur indispensable campagne de prévention ; les bactéries tueuses et ses victimes hospitalisées ; les grandes catastrophes (sismiques ou terroristes) et leur nombre impressionnant de morts ; les changements climatiques et leurs extinctions d'espèces (peut-être l'espèce humaine ?) … Autant de fins du monde imminentes, chaque jour brocardées sur nos écrans. De quoi glacer le sang, laisser passer en nous le froid de la mort ! Or, les enfants vivent tout cela à nos côtés. Ils partagent notre stress, nos angoisses. Ils entendent les peurs collectives implicites, contenues en chaque information. Ils suivent les grands évènements planétaires et les inquiétudes morbides déployées. Ils assimilent notre Cette peur du lendemain se retrouve fréquemment en filigrane de nombreux débats de société. Ainsi, par exemple, il semble évident que toutes les polémiques éducatives dissimulent l'angoisse de l'avenir de nos enfants. Comment leur offrir toutes les chances ? Et-ce par des méthodes tyranniques, traumatisantes mais formatrices, à la Tiger Mothe? Ou par la sur- protection, castratrice mais sécurisante de la majorité des parents occidentaux ? Nous vous Assurer le futur de l'humanité, son éternelle enfance
Garantir l'avenir de nos enfants, c'est établir un futur à l'humanité, permettre la perpétuation de l'espèce humaine. Entendons ainsi le développement durable. Gérer nos ressources assurera la survie des générations suivantes sur notre planète, une Terre à jamais humanisé ! De façon plus égocentrique et concrètement matérialiste, nous comptons avant tout sur nos jeunes pour assurer notre vieillesse. Qui s'occupera de nous, de nos retraites, de notre santé, sinon eux ? Le présent que nous bâtissons en leur faveur détermine un futur installé sur nos vieux jours. S'il pouvait être le plus confortable possible et nous amener doucement vers … Bien sûr, cette représentation de l'enfance a toujours prévalu. L'enfant qui naît dans une famille promet à la fois la survie de ses parents et symbolise la renaissance de la famille, sa lignée descendante. D'où l'importance accordée à ce moment d'entrée dans la vie. La jeunesse 28 A. Chua, Battle Hymn of the Tiger Mother, Penguin, 2010.
figure l'avenir, la génération nouvelle, régénératrice. Néanmoins, cette conception est devenue une valeur primordiale. Si nous imaginons une ligne de vie, notre curseur se positionne d'emblée sur ses débuts et s'éloigne prudemment de sa fin. Ainsi constate-t-on un rajeunissement unanime de nos valeurs sociétales où tout concourt à valoriser la jeunesse et à échapper à la vieillesse. Nous pourrions vraiment y voir un combat de la Vie contre la Mort. Comment percevoir autrement le paradoxe de notre médecine actuelle ? Garante de nos vies au maximum de leur forme, elle tient une place déifiée, dans l'olympe des dieux. Mais si les médecins apprennent à créer, à sauver des vies, ils restent singulièrement démunis pour assister une mort. Face au tragique, ils se sentent coupables, fautifs. Ils n'ont pas su faire gagner la vie, responsabilité accablante d'autant plus lorsque le défunt est jeune. Tous les efforts de la recherche médicale se concentrent pourtant dans une seule guerre pour la vie : éliminer toutes causes naturelles de mortalité ; lutter contre le vieillissement ; assurer la jeunesse éternelle de nos cellules ; accéder à l'immortalité rêvée. Ainsi regardons-nous émerveillés les manipulations génétiques de clonage, de sélection embryonnaire, les greffes et autres régénérations d'organes défaillants … Prolonger la vie ne suffit plus, il faut la faire renaître, lui permettre de repartir ou de revenir en nous, parmi nous … Comment entendre autrement le débat sur l'insémination post-mortem ? Voilà personnifier notre fantasme d'éternité de survie. Malgré sa mort, un homme sera toujours vivant en un être nouveau, son enfant ! Quel sera l'avenir de ce jeune orphelin, né d'un mort ? Comment acceptera-t-il consciemment ce funèbre héritage ? Survivre éternellement ou renaître pour une seconde vie dessinent deux grands mythes attachés à toutes civilisations ou philosophies humaines. Ils semblent aujourd'hui vouloir se concrétiser, ou du moins affichons-nous l'ambition divine d'y L'idéologie d'une jeunesse éternelle : rempart dérisoire contre la mort ?
L'enfant occupe une place prioritaire dans nos sociétés occidentales, trop regrettent certains. Au-delà, l'idée d'enfance, de jeunesse enrichit une puissante idéologie qui gouverne largement nos consciences individuelles comme nos objectifs collectifs. À l'inverse, l'image de la mort est taboue, rejetée bien en marge de nos préoccupations communes. « Les représentations de l'enfant pourraient constituer un excellent test projectif du système de valeurs et des aspirations d'une société Cet effet miroir n'est pas difficile à déceler, en ce qui concerne 29 M.-J. Chombart de Lauwe, Un monde autre : l'enfance, Payot, 1979.
notre sujet. Nous valorisons l'enfance, symbole de vie, de jeunesse éternelle. À l'opposé, nous dévalorisons (ou rejetons) tout ce qui approche la mort (vieillesse en tête).
Le tabou de la mort
Dès 1970, Edgar Morin considérait que « l'horreur de la mort annonçait une crise majeure de nos sociétés contemporaines. Aujourd'hui, cette terreur s'ancre toujours davantage et « L'homme est un enfant éperdu devant la mort Cette métaphore illustre la régression de nos mentalités, de nos capacités morales à affronter ce destin. L'enfant est-il aussi éperdu que l'adulte devant la mort ? Cela nous semble peu probable. Au contraire, nous pensons que les enfants montrent davantage de courage et de force pour regarder de face ce mystère qu'ils n'hésitent pas à explorer. Seulement, l'enfant vit nos peurs communautaires et nos angoisses se Pourtant, il vient un moment où doivent s'affronter certaines réalités. Un oncle accidenté de la route, plongé dans un coma irréversible … Une grand-mère en état végétatif, suite à un AVC (accident vasculaire cérébral) … Le débat médiatique sur l'euthanasie prend forme. Le sujet jusque là observé de loin s'anime tout à coup dans l'intimité de la famille. Qu'en perçoivent les enfants ? Comment leur présenter les choses ? Faut-il seulement leur en parler, en discuter Ce cas illustre la porosité des frontières entre le social et le familial. Ce que nous tenons à bonne distance de nos expériences peut surgir soudainement dans la sphère privée. Et nous voilà confrontés à ce que nous rejetons à longueur de temps. Faut-il souhaiter la mort de cet être, déjà loin de nous ? Faut-il la provoquer, l'accélérer ? Comment le corps médical nous assiste-t-il dans cet événement douloureux ? Il semble que face aux fatalités, nos sociétés affaiblissent ses capacités de réactions. L'homme ne parvient plus à faire front collectivement et la mort anéantit ceux qu'elle touche, les isole. Un décès revient à mettre une famille en quarantaine. Du moins est-ce ainsi qu'elle peut ressentir le vide tout d'un coup creusée autour d'elle. Il n'existe plus sur la base de rituels bien établis, ce partage collectif de la peine qui autrefois offrait une place sociale aux endeuillés mais également au défunt. Plus qu'une peur, la mort dépasse la terreur collective et doit donc s'effacer à tout prix. Nos sociétés vénèrent la vie, comme elle fête l'enfant, sa venue au monde, ses anniversaires, 30 E. Morin, L'homme et la mort, Le Seuil, 1970. 31 Cite E. Morin de Marie Leneru (1875-1918) dramaturge et diariste, in E. Morin, L'homme et la mort, Le ses grandes étapes de croissance, ses progrès … Ces rites, rituels de vie approuvés de tous, placent l'enfant au cœur de nos sociétés et de nos familles. Fête-t-on encore l'anniversaire des morts ? Non, puisque nous avons à peine le temps de les visiter, peut-être le 1er novembre ! Regardons une société à l'opposé de nos croyances, de nos traditions sociétales. De l'Amérique Centrale à la Californie s'est développée en quelques décennies la vénération à une idole : la Santa Muerte. Son culte très actif au Mexique voit chaque semaine, un long cortège défiler au long des rues, suivant un squelette vêtu d'une longue robe et brandissant une faux. Voilà une image qui nous ramène à notre Moyen-Age occidental. La grande faucheuse y personnifiait le danger permanent, la mortalité omniprésente. Le Mexique vit actuellement une crise particulièrement violente avec la guerre menée contre les narcotrafiquants. En temps de menaces extrêmes, de meurtres banalisés, de confrontations ininterrompues à la mort et finalement de désespérance d'habiter une atmosphère si morbide, l'homme en vient-il à adorer ce qu'il redoute pour lui-même et les siens ? En vient-il à aduler la figure de la mort, pour la supplier de l'épargner ? Quotidiennement, des fusillades éclatent, abattant sans distinction trafiquants, policiers ou innocents. Une vidéo diffusée sur Internet montrait récemment les enfants d'une école maternelle couchés à terre et le bruit assourdissant des rafales de mitraillettes. Leur institutrice les faisait chanter pour calmer leur angoisse et les maintenir tranquilles. Là-bas, ces jeunes enfants vivent la mort au quotidien, sa réalité comme ses rituels religieux. Ils peuvent voir les morts ensanglantés dans la rue, perdre des membres de leur famille, risquer eux-mêmes une balle perdue. À côté, ils participent au cortège de la Santa Muerte et observent leurs parents qui embrassent le grand squelette noir. Ils vivent également chaque année le Jour des morts, jour où les chers disparus sont invités à revenir parmi les vivants. Ils sont alors fêtés, chantés, dansés, accueillis par de grands repas familiaux, de joyeux souvenirs exposés. Les cimetières sont joyeusement investis … Nous serons étonnés de tant d'admiration, pour une cause si terrifiante. Nous y voyons des sentiments malsains, macabres, délétères. Si un tel reportage passe sur nos écrans, nous en éloignons bien vite les enfants. Il est évident que nos mentalités s'opposent totalement à ce genre de culte. Peut-être parce que nous avons éliminé toutes croyances en figures irrationnelles. Remarquons à ce sujet qu’Halloween, certainement plus édulcorée que les fêtes mexicaines, n'a pas réussi à se fixer dans nos sociétés européennes. C'est un fait rare qu'une mode très populaire aux États-Unis ne parvienne à s'implanter de notre côté de l'Atlantique. L'une des raisons que nous voyons à cette désaffection est la tradition de déguiser les enfants. Habiller nos enfants de tenues personnifiant la mort (zombie, squelette, et autres monstres) ne pouvait que choquer la plupart des parents. Comment concevoir que l'enfant endosse la mort, lui qui avant tout et pour tous, symbolise la vie. Peut-être voyait-on également le danger de l'errance nocturne dans les rues pour quémander des bonbons, tant la sécurité des jeunes est devenue l'une des préoccupations majeures de nos États.

Source: http://www.renaitre-orphelin.fr/Jeunesseetsociete-pdf.pdf

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